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LE SAVIEZ-VOUS ?

 

Pétanque : la thérapie par le cochonnet

 

La pétanque revient à la mode. Détente ou passion, occasion de rencontrer les autres ou sport de précision, elle est aussi un outil de connaissance de soi et même parfois une technique spirituelle. Découverte d’un jeu aux multiples facettes.

Mano, la cinquantaine, secrétaire de rédaction, s’inquiète. Obligée de déménager, elle craint de s’éloigner de son club de pétanque, de perdre la bouffée d’oxygène qui la ramène à la vie après une journée stressante. Pour Bernard, agent immobilier de 58 ans, la pétanque du samedi est la récréation de la semaine, « Si je me laissais aller, je crois que je pourrais devenir accro ».

Que peut-il y avoir d’enrichissant psychologiquement à lancer des boules se demandent peut-être certains

 

Mixité et tolérance

 

Pour de nombreux « pétanqueurs » l’atmosphère conviviale des clubs contribue fortement à l’attrait du jeu. « C’est une discipline qui efface les différences sociales et intellectuelles, explique Mano. Les compétitions sont mixtes. Des médecins spécialistes jouent avec d’anciens truands, des avocats échangent avec des cadres commerciaux. Pour être bonne, une équipe doit former un ensemble qui fait confiance à chacun de ses membres, les valorise, leur redonne confiance en eux. ».  Un club de pétanque ressemble bien davantage à un théâtre – où le verbe est aussi essentiel que le geste – qu’à un centre équestre ou une équipe de foot.

Comme sur une scène de spectacle, les caractères qui forment le macrocosme humain, se donnent la réplique. Il y a le râleur, le gouailleur, le séducteur, le gentil, la brute, l’effacé, le gagnant, l’éternel perdant. Les plus grands virtuoses de la pétanque sont aussi doués pour l’action oratoire que pour le pointage ou le tir considérait Yvan Audouard, conteur, écrivain, journaliste, grand amoureux de cette discipline. « Sans les mots les boules ne seraient qu’un jeu. Avec eux, elles deviennent un humanisme ».

D’ailleurs en fréquentant son club Sophie, 44 ans, rentière affirme être devenue plus tolérante : « Plutôt que de rejeter d’emblée des gens à qui, à première vue, je n’ai rien à dire, je m’efforce au contraire de comprendre en quoi ils ont une valeur. Et ce n’est pas toujours facile car ce jeu attire aussi un public de machos qui clament qu’ils ont les plus grosses boules et insultent les autres en les traitant de femmelettes. »

 

Les techniques du développement personnel

 

Cependant machos ou pas, hommes ou femmes, l’objectif des joueurs est « la gagne ». Chaque partie est un combat qui nécessite une stratégie, une tactique. Les boules sont des armes, le cochonnet, une cible, le terrain, un territoire à conquérir.

« Bien jouer, battre une équipe forte, voilà le défi » pose Clara, 32 ans, éducatrice. Le perdant paye la tournée. « Il doit être puni d’avoir perdu » explique Sophie,  définitivement choquée par cette  coutume. « J’essaye au contraire de faire passer l’idée qu’il est déjà assez puni d’avoir perdu ».

En dépit de ces reliquats d’un passé guerrier, pour gagner, les joueurs utilisent de plus en plus des outils fournis par les techniques de développement personnel : la visualisation, la méditation, le lâcher prise. Dans son blog, Sacha, « pétanqueur » désireux d’élever sa pratique au rang d’un art, invite les joueurs à cultiver leur intuition : «  C’est comme un éclair qui jaillit. On sait s’il faut tirer ou pointer, comme si les boules nous parlaient. »

 

Pour se vider la tête

 

C’est de la concentration que dépend la réussite affirment sans exception tous les joueurs. Se mobiliser vers le but à atteindre, chasser toutes les pensées parasites, prendre son temps, cesser de se demander ce que vont penser les spectateurs en cas de mauvais tir, respirer profondément et laisser le corps accomplir le geste.  « Avant, je ne me concentrais que sur mon travail, les tâches utiles, la pétanque m’aide à développer ma concentration dans la vie quotidienne » constate Sophie.

Et l’aptitude à rester concentré crée une bulle mentale qui nous protège des émotions perturbatrices : la colère, la jalousie, la peur, le sentiment d’infériorité. Tout en nous permettant d’être présent au monde extérieur et à nous même, ici et maintenant.

 

Cheminement spirituel

 

La voie du cochonnet serait donc un sentier lumineux menant à une existence plus sereine ? Selon Kaisen, moine bouddhiste zen, bouliste depuis une trentaine d’années, elle peut se révéler une base solide pour s’engager dans un cheminement spirituel. « Elle est une fabuleuse opportunité de développer des qualités d’homme exceptionnel et de permettre au pratiquant de mieux communiquer avec le monde et surtout avec lui-même » écrit-il dans L’esprit de la pétanque (Editions Accarias, L’Originel, 2009)

Pétanqueurs et moines zen sont confrontés aux mêmes exigences : attention, lucidité, présence à soi, savoir respirer, réunifier la totalité « corps-esprit-souffle ».  En respirant profondément, calmement, « nous stimulons le système neuro végétatif. Durant la phase d’expiration le corps s’ancre fermement en lui-même, les épaules se relâchent. La joie intérieure résulte d’une bonne expiration. » rappelle Kaisen. Et il est un point commun aux pratiques spirituelles, aux thérapies et à la pétanque. Elles nous rappellent que le véritable adversaire n’est pas l’autre mais toujours soi-même. Plus exactement cette part de nous qui nous pousse à ruminer nos échecs, à envier le sort de ceux que nous croyons plus favorisés et à nous mettre en colère quand nous n’obtenons pas le résultat escompté.

La vraie victoire est donc, comme dans la vie,  celle qui nous permet de triompher d’un ego trop envahissant.

 

Article Publié sur le site Psychologie.com